Le soleil darde de ses rayons matinaux dans la petite cuisine d’où les effluves d’un repas qui mijote s’échappent. Dans cette maison de campagne, la mère, Madeleine, a déjà commencé sa journée en préparant le petit déjeuner de sa marmaille et de son mari Raymond. Un à un, les garçons, Roger, Robert et Denis, riant et parlant fort, vinrent s’attabler avec les autres membres de la famille pour engloutir le bon repas avant de vaquer, pour les plus grands, à leurs occupations plus sérieuses et pour les plus jeunes, aux jeux dont ils avaient planifiés les moindres détails la veille, pour les vacances qu’on venait à peine d’entamer en cette fin de juin.
Le père embrasse sa femme qui lui souhaite une bonne journée, et lui, amoureusement, il lui retourne son souhait et part au travail pendant que Madeleine heureuse, le visage épanoui par cette tendresse, commence les besognes quotidiennes de la vaisselle tout en pensant au festif repas qu’elle leur préparera.
La construction de la cabane dans l’arbre avançait bien. Le plancher du château-fort était solide car les planches étaient assemblées une à une au moyen de clous et de cordes et dans leur plan, ils assemblent les deux façons d’accéder à la fortification, dont une secrète. Au pied de la forteresse, les fiers destriers à pédalier, décorés de toutes couleurs, attendent les soldats afin de partir en bataille ou à la chasse.
Ils en reviendront avec victuailles, liqueurs douces, croustilles et cigarettes de bonbon pour célébrer la victoire et accumuler leurs trésors: les cartes de hockey avec la photo de leurs joueurs des Canadiens de Montréal préférés, comme Jacques Lemaire et Yvan Cournoyer. Madeleine, a invité deux de ses amies, Louise et Danielle ainsi que leurs filles Nicole et Pierrette, à venir prendre le thé avec elle cet après-midi, tandis que les grandes adolescentes se rassembleront dans la chambre de Catherine pour écouter des 45 tours sur le tourne-disque que celle-ci a reçu pour ses excellents résultats scolaires.
Madeleine et sa fille Catherine doivent donc préparer un gâteau et des biscuits pour le goûté de leurs invitées. Elles préparent un gâteau renversé à l’ananas et des biscuits au beurre d’arachide.
Madeleine a aussi commencé à préparer un bœuf aux légumes pour le souper, tandis que Catherine elle, est de corvée pour peler les légumes. Au dîner, Madeleine servira à sa marmaille des hamburgers, un repas rapide. Ils pourront manger à l’extérieur, une activité estivale à laquelle ils ne se font pas prier pour participer dans leur château-fort en construction.
En plus, ils en seront ravis, car il est difficile de les garder longtemps assis pour manger dans la cuisine, quand ils ne pensent qu’à leurs jeux. Alors ils se dépêcheront un peu moins pour engloutir ce repas et retourner à leur occupation enfantine qu’est la défense de leur royaume en construction. Les deux ainés repoussèrent leur petit frère sous prétexte qu’il était plus une nuisance qu’un actif dans leur projet de jeux et d’activités.
Ils le retournaient constamment vers leur mère ou leur sœur mais sans succès, Pierrot au bout de quelques minutes revenait à la charge vers ses frères. Louise, Danielle et Madeleine sont attablées devant leur part de gâteau et un thé fumant et odorant, tout en discutant à brûle pourpoint, du dernier livre qu’elles ont lu, le roman d’Yves Beauchemin, l’Enfirouapé, le succès de cette année 1974, ainsi que des derniers achats de vêtements d’été pour les enfants et des articles pour la maison en réclame au centre commercial de la ville.
Elles parlent aussi beaucoup de leurs conjoints, qui font des rénovations dans leurs maisons respectives. Louise à un ré-aménagement de sa cuisine, tandis que Raymond réalise enfin sa promesse faite à Madeleine et crée la nouvelle salle de lavage. Les conjoints travaillent ensemble pour la même compagnie qui a le contrat du prochain aréna du village et qui sera prêt pour l’automne. C’est ce qu’espèrent les garçons, petits et grands, qui se prennent pour le temps d’un match, pour un de leurs héros sur patins. À la radio, joue la chanson numéro un du palmarès de 1973, « La maladie d’amour » par Michel Sardou, Madeleine se met à la fredonner et ses amies continuent avec elle. La chanson qui suit est « Le temps de vivre » de Georges Moustaki, Madeleine dit qu’elle adore cette chanson et elle verse une larme.
Pendant ce temps, Catherine, Pierrette et Nicole se dévoilent leurs secrets. Catherine dit qu’elle veut devenir chanteuse et comédienne, mais ses parents s’y opposent. Pierrette dit qu’elle veut être modiste et que son père n’est pas d’accord non plus. Nicole, qui veut être coiffeuse, mentionne que son père lui a dit qu’elle ne pourrait pas bien gagner sa vie avec ce métier, mais que sa mère l’encourage en secret.
– Ah ! Les pères « des fois », s’écrit Pierrette. – Ouin ! T’as raison, d’approuver en chœur Catherine et Nicole, qui renchérit presque aussitôt: – Comme si on était juste bonne à faire des bébés sapristi ! – En tout cas les parents diront ce qu’ils voudront, moi à mes 18 ans, je déménage en ville et je prendrai les cours dont j’ai besoin pour réaliser mon rêve dit Catherine et vous, viendrez-vous avec moi ? Nicole et Pierrette sont d’accord.
Toutes les trois font à présent des projets pour les rapprocher de leurs buts. Elles vont commencer à ramasser ce qu’elles auront besoin dans leur futur appartement en ville. Catherine se charge de la lingerie commune. Pierrette et Nicole se chargeront ensemble de la batterie de cuisine et de la vaisselle qu’il leur faudra acheter. Catherine est allée chercher le catalogue de Sears de sa mère, afin de faire un petit budget pour leurs futures dépenses.
Pierrot, le petit dernier de 5 ans à peine, dont un peu de roux venait enflammé la chevelure sous les rayons de soleil et dont quelques taches de rousseur ornaient les pommettes, perturbait à qui mieux mieux l’audition de la musique avec ses coups répétés à la porte de la chambre de sa grande sœur, n’appréciant pas sa mise à l’écart.
Il criait et pleurnichait en reprenant ses martelages sur la porte. – M’a le dire à « mouman », pas fine…. pas laisser « moué » rentrer bonnnnnnnnnnnn, de dire ce dernier entre ses crises de larmes et de colère à peine feintes. – Pas question ! Va jouer dehors, il fait trop beau pour que tu restes en dedans, de crier Catherine à travers le battant de la porte. – Nonnnnnnnnnnnnnnn, onnnnnnnnnnnn, onnnnnnnnnnnnnnnn, de crier l’enfant, chez qui les pleurs et les cris s’entremêlent et ne laissent place qu’à de la rage naissante causée par ses frustrations accumulées, et qui se mêlent aux autres bruits de coups de pied et de poing, dans un tintamarre.
Catherine ouvre à peine la porte que le petit s’élance vers l’intérieur, victorieux pensa-t-il ? – Non ! Non ! Pas question, de protester Catherine, suite à cette tentative du jeune envahisseur de territoire sacrée de filles adolescentes, et que suivaient presque d’une même voix ses deux amies, * AH NONNNNNNNNNNNNNN pas luiiiiiiiiiiiiiii!
Mais, il est vite rattrapé sous l’aisselle et traîné dans le corridor, puis jusqu’à la mère, qui en entendant ce chahut venant au devant, s’écria en voyant la presque bourreau traîner sa victime : – Bon, bon c’est quoi qui se passe encore là, mes aïeux ! arrête de crier de même, là ! Cathou, ma chouette, lâche-le ! À peine laissé, qu’il fonce de nouveau vers la porte de la chambre dont il convoite tant de voir ce qui se passe à l’intérieur, mais il est arrêté d’une façon sèche dans sa progression digne d’un conquérant vers des territoires inhospitaliers, par les deux comparses de sa grande sœur qui lui envoient systématiquement un puissant : * Ah non, par exemple, pas question !!!
Ce qui réanima en lui, son ultime défense : les cris du désespoir pour gagner sa cause auprès de l’alliée puissante qu’il voit en sa maman. Sur ce, Madeleine sort sur le perron et crie à ses garçons plus âgés qu’ils doivent absolument accepter leur petit frère dans leur rang sous peine d’être punis, ils devront rentrer à l’intérieur en guise de punition.
Pierrot heureux, court rejoindre ses frères à leur cabane dans l’arbre, sans se douter du plan machiavélique forgé par ces derniers afin d’avoir la tranquillité dans la poursuite de leur jeu, sans avoir l’épée de Damoclès de la punition que leur imposera leur mère, s’ils maintiennent à l’écart, le petit dernier.
C’est ainsi que Pierrot fut le premier prisonnier de guerre. Il fut attaché et pour l’empêcher de crier, on lui promit quelques morceaux de chocolat et de tire dont les premiers morceaux remplirent de joie le visage du petit condamné, qui trouva très doux sa mise au cachot et que la nourriture des prisonniers fut si douce et agréable.
La journée fila à un bon rythme, si bien qu’il fut difficile de faire rentrer la milice de l’arbre, même pour un court repas. Ce fut pour la mère un défi, même si elle parue un peu la rabat-joie qui dû crier et se reprendre à plusieurs reprises ,par la fenêtre d’abord, puis en trépignant d’impatience sur le balcon, afin de faire finalement cesser les hostilités et causer par défaut une trêve dans le jeu guerrier des enfants, qui avaient alors en tête, un plan de bataille à venir et ils verraient à reprendre les hostilités du jeu là où de la veille, ils les avaient laissées à contrecœur.